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30 décembre

Faire sensation avec la sensorialité ?

 
"On s'accorde assez communément aujourd'hui à reconnaître à la littérature une fonction et un pouvoir qui débordent largement son rôle ancien de divertissement, de glorification ou d'ornement. On aime à voir en elle une expression des choix, des obsessions et des problèmes qui se situent au coeur de l'existence personnelle. Bref la création littéraire apparaît désormais come une expérience, ou même comme une pratique de soi, comme un exercice d'appréhension et de genèse. [...]
 
Tel paysage, telle couleur de ciel, telle courbe de phrase éclairent l'intention de telle option morale, de tel engagement sentimental. Telle obscure rêverie de l'imagination dynamique ou matérielle rejoint en profondeur la spéculation la plus abstraitement conceptuelle. Et c'est dans les choses, parmi les hommes, au coeur de la sensation, du désir ou de la rencontre, que se vérifient les quelques thèmes essentiels qui orchestrent ainsi la vie la plus secrète, la méditation du temps ou de la mort. [...] Et la littérature est une aventure d'être."
 
In Jean-Pierre Richard, "Avant-propos", Littérature et sensation.
(repris en coll. points poche sous le titre Stendhal Flaubert)
 
29 décembre

En direct de ma chambre

 

                Voilà deux jours que la Terrible Grippe, mutant en Bronchite Ronchonne, m’a terrassée et que je me trouve donc clouée au lit alors qu’il y aurait tant de choses à voir, à écrire, à faire… A réviser, aussi, quelques examens (trois quand même + un doc sur l’état de mes recherches à rédiger !) pointant le bout de leur nez à la rentrée. Fiévreuse, je dors, un peu, beaucoup, presque passionnément moi qui n’ai besoin que de quelques heures de sommeil en temps normal pour être en forme. Si peu que c’en est presque une légende.

 

                Je dors, donc, puisqu’il le faut. A mes réveils, j’attrape mon ordinateur portable qui traîne à côté de mon lit, je bénis le wifi et, selon la forme du moment, je lis mes mails, fais le tour des blogs que j’apprécie et un petit passage sur ce site hautement inutile qu’est Facebook. Parfois, je transcris même un passage de grec à deux mots l’heure pour me donner bonne conscience. Bref, autant dire pas grand-chose. Mais, comme je suis totalement aphone, mon clavier me donne l’illusion d’avoir une voix, avec laquelle je peux même CRIER si je le veux. C’est déjà ça.

 

Bon, c’était « le monde vu de mon lit ».

Z’avez vu ? J’ai réussi à ne pas râler !

Allez, je repose mon cher HP.

Bonne nuit.

 

Apprendre à conjuguer ?

Comme souvent, les pseudos msn de mes chers ados sont emplis de leurs premiers émois amoureux. Je les parcours toujours rapidement, non pour les espionner mais pour éviter les gaffes lors d’une prochaine réunion d’aumônerie (« Alors, un tel n’est plus avec une telle »). Pour une fois, plus qu’un simple coup d’œil, un sous-pseudo d’une ado attira mon attention de façon plus prolongée :

 

« Aimer, c’est facile ; être aimée, c’est difficile »

 

Sur un autre plan, j’ai trouvé cela assez emblématique d’une époque où, même une jeune chrétienne en l’occurrence, oublie qu’on n’est « jamais jamais jamais seul ».

 

            Etre aimé… ? Nous sommes toujours aimés, pour qui nous sommes, et c’est cela qui change la vie le jour où on le découvre de façon profonde, unique, intime. Oui, c’est difficile car cela n’est pas toujours simple à accepter, ça fait un peu et même beaucoup mal tant on se trouve moche face à la brûlure de l’amour inconditionnel. Mais nous sommes aimés, toujours, et l’on change ses lunettes sur la vie en découvrant cela : plus rien n’est comme avant et l’on avance avec une nouvelle confiance.

 

            Aimer, facile ? Alors là… Un chrétien, c’est un type en apprentissage permanent ! Apprendre à aimer, ce n’est aucunement l’affaire d’une chanson mais bien celle de toute une vie. Avec la chance d’avoir le meilleur prof qui soit : l’Amour himself. Il n'y a qu'à dire : "Apprends-moi..."

 

            Bon, je crois que je tiens une prochaine réunion d’aumônerie. Au lieu de la réunion toujours réclamée et qui marche à tous les coups « les relations filles / garçons », on fera « la conjugaison du verbe aimer à l’actif et au passif ».

 

Hum, je sens que je vais encore me faire traiter d’espèce de « future prof de français » par mes jeunes moi.

 

28 décembre

Comment lire...

Comment lire…

            A l’invitation d’Incitatus, je réponds à ce beau questionnaire livresque.

 

Plutôt corne ou marque-page?

                Hérésie ! Comment ose-t-on toucher à l’intégrité d’un livre ? Un livre, ça s’use, ça se fait sous le regard et sous la main au fur et à mesure de la lecture mais pas autrement ! Alors le corner, non ! Bon, après, je suis très tête en l’air et  j’oublie souvent de prendre un marque-page alors que j’en ai plein chez moi : du coup, vivent les efforts de mémoire pour se souvenir de la page !

 

As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?

                Souvent ! On a pu lire il y a peu mes quelques idées sur cet acte loufoque d’offrir un livre : j’ai la chance d’avoir quelques personnes de mon entourage proche qui jouent aussi le jeu. C’est simplement Beau, et occasion de partage.

 

Lis-tu dans ton bain?

                Bien plus rares sont les bains que les douches mais oui ! C’est un vrai moment de détente. Dans l’eau, on se sent bien, baignant dans l’eau tranquille, loin de tout souci et la lecture se fait apaisante (particulièrement à pratiquer en période de partiels, quand vous n’avez toujours pas terminé de réviser celui du lendemain, qu’il est 21h et en lisant complètement autre chose : ça m’a toujours réussi).

 

As-tu déjà pensé à écrire un livre?

                Je n’ai pas « pensé à » écrire un livre, j’ai écrit plusieurs petites choses. Dès le CE1, on doit ainsi pouvoir retrouver sur d’obscures copies un vague récit d’apprentissage (je me souviens que tout réussissait au héros !). Après, un peu plus tard, les quasi-rituelles poésies de jeunesse, toutes empesées de bons sentiments ! Puis d’autres textes… Maintenant, on peut dire que cela se partage entre un gros texte sur lequel je reviens souvent, des petites nouvelles éparses et mon « carnet/journal », 100% manuscrit cette fois, un peu irrégulier et surtout très, euh… particulier. Mais, hier comme aujourd’hui, j’écris pour écrire, pas pour « écrire un livre ».

 

Que penses-tu des séries de plusieurs tomes?

                Ni grand bien, ni grand mal, cela dépend ! Il est des séries de plusieurs tomes exceptionnelles, qui se justifient pleinement et d’autres qui tombent dans l’intérêt marchand, voulant à tout prix « ne pas finir » et tombant dans une médiocrité infâme. Citons par exemple, histoire de changer pour une fois, le domaine de la fantasy et le cycle de l’Assassin Royal, dont les premières péripéties m’avaient plu mais dont les tomes semblent de plus en plus s’orienter vers une suite de la suite de la suite plutôt discutable. Dommage.  

 

As-tu un livre culte?

                Puis-je dire en avoir un quand il y en a plusieurs ? Ce sont des livres ayant accompagné tel ou tel passage de ma vie et que j’aime toujours relire quand l’occasion s’en présente.

 

Aimes-tu relire?

                Bien sûr ! Sinon, je ne serais certainement pas en lettres !

 

La relecture n’est pas un acte itératif pour tomber dans une bête routine mais bien une autre lecture, permettant souvent –et ce d’autant plus, me semble-t-il, que l’écrivain est bon- de dégager d’autres aspects du livre, dans les détails, voire dans les grandes lignes du récit.

 

La relecture permet aussi de se nourrir et ça fait drôlement du bien.

 

Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu'on a aimés ?

                La plupart étant morts, la question ne se pose pas vraiment. Pour les autres, why not ? J’aime bien déjà écouter en séminaire de recherche les érudits universitaires dont il m’est arrivé de lire les bouquins : c’est toujours une expérience curieuse que de passer de l’écrit au son et lumière.

 

Aimes-tu parler de tes lectures?

                Cent fois oui, mais pas avec n’importe qui, non par snobisme mais pour ne pas souler mon p’tit monde. En revanche, avec des amis, c’est autre chose !

 

Comment choisis-tu tes livres?

                Euh la fameuse pile à lire à côté de mon lit me fait surtout dire qu’il faut que j’arrête d’en choisir provisoirement, entre ceux à lire, ceux à relire pour les partiels ou pour le mémoire, ceux qu’il serait bon que je lise et ceux qu’on m’a offerts. Sinon, la question se pose peu : le choix s’impose généralement de lui-même, souvent parce que j’en ai entendu parler en bien ou parce que je pense que cela élargirait ma perspective sur tel ou tel point.

 

Une lecture inavouable?

                Que dois-je entendre par inavouable ? Si ce sont des livres mauvais, il y a un certain nombre dans ma bibliothèque mais ils ne sont aucunement inavouables. Comme le disait un mien prof de littérature classique en L2, élaborant toute une théorie du livre mauvais à chaque fois que nous devions travailler Fénelon ou les religieuses de Cambrai de M.-J. Chénier : « Cela permet de mieux apprécier les bons livres ensuite ! Et puis, après tout, étudier la littérature, ce n’est pas qu’étudier la bonne littérature ». Certes.

 

                Si ce sont des lectures plus dangereuses pour les consciences de moins de 18 ans, alors là, c’est autre chose ! Fille de divorcés, souvent livrée à moi-même, on m’a toujours laissé libre accès à la bibliothèque sans surveiller nullement mes lectures : alors, bon…

 

Des endroits préférés pour lire?

                PARTOUT ! L’été, j’apprécie tout de même particulièrement  la lecture au grand air, en pleine campagne, seule dans un coin perdu. L’hiver, au coin de la cheminée, avec une bonne tasse de thé.

 

Un livre idéal pour toi serait:

            Joker ! Si je le savais…

 

Lire par dessus l'épaule?

                Bien sûr ! Saisir d’un regard le titre, puis quelques phrases, mine de rien, pour savourer en secret ce que pourrait être le contenu des pages.

 

Lire et manger?

                Les nourritures spirituelles devraient-elles empêcher les nourritures terrestres ?

 

Lecture en musique, en silence, peu importe?

                Silence obligatoire. Lire est un acte de re-cueillement.

 

Lire un livre électronique ?

                Ca dépend ce qu’on entend par « livre électronique » : pas par la machine électronique permettant de les lire, là non, autant que je pourrai, je privilégierai le contact du papier.  Mais j’apprécie la lecture des  blogs et sites internet ceci étant.

 

Le livre vous tombe des mains : aller jusqu'au bout ou pas?

                J’ai des origines normandes ET bretonnes, c’est dire combien je suis têtue et tenace ! Alors, oui, cela me prendra le temps qu’il faudra mais j’irai jusqu’au bout.

 

….faut pas lancer un défi à une Zabou, même de la part d’un livre…

 

J’offre à mon tour ce questionnaire à…. qui voudra ! C'est-à-dire que chaque lecteur de ce billet peut doit se sentir concerné. Eh oui, je sais, je suis (aurevillyennement ?) diabolique...

 

 

Camino 2008 - étape 4 : Aulnay de Saintonge -> St Jean d'Angély

                Heureusement, la journée suivante allait être d’un kilométrage moindre puisque nous devions accueillir deux compagnons marcheurs à la gare de St Jean d’Angély en fin d'après-midi.

 

                Touchée par nos mésaventures de la veille, la propriétaire de l’hôtel ne nous laissa pas repartir sans des croissants le matin, donnés en même temps qu’un tampon sur notre credencial. Et, encore mieux, s’il faisait froid, il ne pleuvait pas dès le départ pour une fois, ouf !

 

 

                Cette marche fut fortement animalière entre un chat qui s’installa sur moi avec autorité lors d’une pause où j’attendais mon compagnon de route (hé minou, t’es gonflé tout de même !) et d’une écrevisse qui agressa presque mon cher Nono. On ne dirait pas comme ça, mais c’est dangereux le Camino…

 

                Nous marchions, marchions et marchions encore à une bonne allure dans une campagne où, à part les animaux, nous ne rencontrions pas grand monde. Et l’heure tournait sans que puissions sustenter nos estomacs. L’arrêt dans un village où se préparait un barbecue chez des particuliers, aussi beau le cadre soit-il, fut particulièrement rude. Enfin, tant pis, nous continuâmes notre chemin jusqu’à ce que…

 

Tours angély-ques en vue !  

 

 

                En tant que pèlerins, nous avions accès à un super gîte : l’abbaye royale elle-même, transformée en centre européen de la culture ! Après avoir dévalisé une boulangerie et rencontré des pèlerins canadiens que nous allions recroiser, nous visitâmes cette belle petite ville : tour de l’horloge, fontaine aux piloris, et ces fameuses tours de l’abbatiale… qui ne sont que des tours puisque la Révolution stoppa net le projet : dommage.

 

 

                Il ne nous restait plus qu’à attendre notre amie Lisa et son fiancé Alexandre (... qui se marient en juillet prochain et dont je suis témoin !), en provenance direct de Toulouse, tranquillement, dans notre superbe (et humble ?) demeure d’un soir.

 

 

Sur une autre planète ?

 
Déjeuner dans ma famille maternelle. Discussion avec une grande-tante qui, adorable entre toutes, tente de s'intéresser aux études bizarroïdes que je fais : c'est vraiment plein de bonté, délicat et j'ai vraiment apprécié cet effort de sa part. Mais...
 
- Alors, ma petite Isabelle, tu travailles sur quoi maintenant ? En septembre, c'était sur Ui.. Huy... Euh, quelque chose, en -ance à la fin ? Ah oui, Huysmans ! C'est ça ? Tu fais quoi maintenant ?
- Ah mais je travaille encore sur lui !
- Encore ? Mais il a écrit tant de livres que cela ?
- Eh bien, pas tellement mais je travaille toujours sur les deux mêmes livres : A vau-l'eau mais surtout son roman -enfin le terme est discutable mais bref- le plus célèbre A rebours.
- ENCORE ?
- Eh bien, euh, oui. Je suis loin d'avoir fini en plus. Tiens, hier encore, j'étais en bibliothèque ! Tu sais, là, ce cher Huysmans, c'est un peu l'homme de ma vie durant un an, en CDD renouvelable !
- Hein ?
- Euh, bon, alors, c'est l'histoire d'une pataugeoire...
 
Vive la recherche ?
 
27 décembre

Tant de contrastes

 

Noël. Le froid dans les rues.

Des illuminations électriques, sans vraie chaleur. Mercantilisme exacerbé, pousse à l’achat outré : sérieux, tout cela me donne la nausée.

Des traditions familiales où la présence implose et explose, où le sens n’est plus là. Où la chaleur n’est plus que simple « réchauffé ». Evidemment, ça fait mal, là aussi.

 

De contrastes en contrastes.

 

On cherche.

On s’engouffre dans les brèches entraperçues.

On se met à genoux devant la représentation d’un Enfant, tout faiblesse et tout puissant.

On ouvre son regard, on chante en son cœur, goûtant la Joie, et l’on cherche la Paix.

 

Des illuminations, ils n’en subsistent plus que dans certains yeux.

La joie, elle, brûle dans les cœurs croyants ayant su rester ou se faire enfants.

 

Saisir des éclats brûlants, les élargir.

Croire, encore, contre tout, en la magie d’une fête.

Sourire.

Donner et recevoir ; les petits gestes qui touchent, les petites phrases qui marquent.

 

Eh bien oui, malgré tout, un beau Noël.

 

26 décembre

Un peu d'histoire littéraire

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Mes hommes de lettres, par Catherine Meurisse
Ou de l'histoire littéraire exacte, grinçante et bien divertissante Clin d'oeil
 
24 décembre

Ce matin, pour cette nuit, aujourd'hui et en tous temps

 Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande Lumière !
 
BENEDICTUS
 
Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël,
qui visite et rachète son peuple.

Il a fait surgir la force qui nous sauve
dans la maison de David, son serviteur,


comme il l'avait dit par la bouche des saints,
par ses prophètes depuis les temps anciens :


salut qui nous arrache à l'ennemi,
à la main de tous nos oppresseurs,


amour qu'il montre envers nos pères,
mémoire de son alliance sainte,

serment juré à notre père Abraham
de nous rendre sans crainte,

afin que délivrés de la main des ennemis
nous le servions dans la justice et la sainteté,
en sa présence, tout qu long de nos jours.


Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut :
tu marcheras devant, à la face du Seigneur,
et tu prépareras ses chemins

pour donner à son peuple de connaître le salut
par la rémission de ses péchés,

grâce à la tendresse, à l'amour de notre Dieu,
quand nous visite l'astre d'en haut,

pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l'ombre de la mort,
pour conduire nos pas au chemin de la paix.

 

Camino 2008 - étape 3 : St Romans les Melles -> Aulnay de Saintonge

 ('tention, billet un peu long !) 

 

                A St Romans, la soirée fut fort sympathique, entre des sœurs chaleureuses au possible et une hôte surprise : une « ancienne » du Camino, canadienne, qui venait leur dire un petit bonjour ! Et qui, en plus, accomplissait sans cesse des missions humanitaires en Afrique : de quoi l’écouter plusieurs heures ! Sans oublier de remplir le cahier du Camino des sœurs, dans lequel je retrouvai, amusée, la trace de mon collègue de grec biblique NicO… qui m’avait passé l’adresse !

 

                N’empêche que le matin, en regardant le porte-savon, on s’est dit que les sœurs abusaient…  

 

Faut pas jouer, mes sœurs, avec les obsessions des pèlerins qui voient des coquilles partout !

 

Et nous voilà partis, vaillants, sous la pluie bien sûr ! Nous partîmes sans trop nous poser de questions, passant devant une école dont les enfants qui rentraient en classe nous regardèrent, visiblement surpris !

 

Un virage à gauche et nous prenions un magnifique chemin, entre petit ru et champs : malgré la pluie, c’était formidable ! C’est là que je découvris encore un nouvel aspect de celui qui est tout de même un ami depuis plus de 14 ans…

              

Ses cousins ?

 

 Un bel archiprêtré, des belles demeures : nous ne sentions guère la pluie, devant de telles splendeurs avant de voir le panneau d'une ville. Saint Romans les Melles. Bon, oui. Oui. Bon, quoi, oui, d'accord, nous sommes de sales étudiants plus rompus aux travaux de l'esprit qu'à la lecture de carte (que nous n'avions d'ailleurs pas faite !). Hum, voilà, honte avouée : nous avions suivi le GR, certes oui, mais à l'envers ! Chouette alors que la journée devait être bien remplie pour le kilométrage déjà… Enfin, nous continuâmes notre route, Granys pomme en poche pour nous consoler.

 

Déjeuner à Brioux-sur-Boutonne avec un patron habitué aux pèlerins mais aimant tellement les histoires de Camino qu’on ne pouvait plus partir !

Pluie.

Pluie.

Marche le long d’une nationale pour gagner du temps car nous étions en retard sur notre horaire. Très rigolo.

Pluie.

Pluie.

Au bout d'un moment, la terrible (comme moi quoi) question capuche ou pas capuche n'a plus guère de sens.

Mais on garde le sourire, et on tente de voir clair à travers les gouttes ! Sursum corda !

 

Notre calvaire n’était pas terminé et un panneau survint : nouvelle station. Pour un gag qui n'en était pas un.

- Allo ? Bonjour Madame, je vous téléphonais pour vous dire que les deux pèlerins qui avaient réservé le gîte municipal pour ce soir seraient en retard.

- ??? Vous êtes qui, vous ?

- Eh bien, je vous avais téléphoné il y a 15 jours pour réserver...

- A quel nom ? J'ai déjà passé le gîte à qqun ce soir !

- PdLG, vous aviez noté à l'époque.

- Oh, j'ai oublié de vous inscrire ! Eh bien, désolée mais ce n'est pas possible pour ce soir puisqu'il y a d'autres personnes.

- ...

 

Je raccrochai. Je regardai Arnaud. Nous éclatâmes de rire.  

 

Après un bon fou rire de quelques minutes (il y avait tout de même de quoi ! Il pleuvait, nous avions les pieds en sang l’un comme l’autre, mal partout, encore une dizaine de kilomètres à faire et nous n’avions aucun gîte pour le soir !), grave question : marcher toute la nuit ou trouver un hôtel pas trop cher ? Après grande discussion car les deux solutions avaient leurs points forts, nous téléphonâmes à un hôtel : il leur restait une chambre… Sauvés !!!

 

 

Nous arrivâmes donc à Aulnay-de-Saintonge, son gîte ir-réservable, son donjon, son hôtel-à-la standardiste-que-notre-aventure-faisait-bien-rire, sa pizzeria où nous nous payâmes un apéro pour nous remonter le moral, sans oublier là encore sa magnifique église romane, tout illuminée la nuit !

 

Il n’empêche que, ce soir-là, je ne sais pas pourquoi, je me sentis tout de même un caractère légèrement christique.

 

Dans une étable obscure

 
Le monde entier retient son souffle.
 
Mais..
Hé les moutons, qu'est-ce que vous fichez là, au premier plan ?
 
23 décembre

Quatrain de rêve

 
J'ai rêvé qu'à la rentrée, lors de la version de grec moderne,
J'écrivais "Traduttore, traditore", je transposais ça en caractères grecs
Et je partais, fière de mon audace.
Ca plaira à la prof, vous croyez ?
 
Bon, c'est pas tout ça, je pars pour la BNF, histoire d'essayer de rentrer le cerveau un peu moins vide ce soir : bonne journée !

Offrir un livre

 

Dans quelques jours Noël et l’inévitable échange des cadeaux.

 

Il y a le tout-aller, celui qu’on offre à quelqu’un comme on l’offrirait à n’importe qui : juste respect du troc marchand de cœur. Mais, mais, mais… est-ce bien une façon de traiter ceux qu’on aime ? Dois-je juste offrir ce que la personne souhaite ? Sans y mettre un peu du mien de cœur ?

 

 

Ceux qui me tiennent le plus à cœur, ce n’est pas forcément le plus beau-tout nouveau cadeau où j’aurai mis tout mon salaire de tutrice qu’ils recevront de moi mais bien souvent quelque chose d’assez petit bien que parfois gros : un livre. Non point pour un quelconque sauvetage bêtifiant : il faut faire lire la jeunesse ! Encore moins pour donner à culpabiliser à des aînés qui liraient peut-être moins. Non, cadeau-partage, cadeau coup de cœur : tel est mon vœu.

 

 

Ce livre, il m’aura fallu du temps pour le choisir, pour affiner ce choix selon des paramètres dont la difficile conjonction me plonge parfois dans des abîmes de perplexité :

Il doit correspondre à l’ami-d’en-face ET il doit m’avoir touchée.

 

Offrir un livre qui ne plaira de toute façon pas à l’ami est ridicule : il pourrira sur une étagère alors qu’il pourrait être feuilleté avec délice par les mains d’un autre. Offrir un livre que j’abhorre est un acte d’une lâcheté incroyable mais que j’ai déjà commis : je m’en repens.

 

 

Quand l’alchimie est parfaite, c’est plus qu’un cadeau qu’on fait en offrant un livre.

C’est un peu de soi qu’on offre, tant on se dévoile à travers nos goûts, à travers les émotions intimes qui sont celles de la lecture.

Et c’est ouvrir à l’autre, à l’ami, un nouveau champ qu’il pourra explorer quand l’envie l’en prendra : et cela, ça n’a pas de prix.

 

Et si un jour lui prend l’envie d’en parler, c’est encore un pas de gagné : à deux, on explore bien mieux.

 

22 décembre

Camino 2008 - étape 2 : Chenay -> St Romans les Melles

 

               C’est donc sous la pluie que nous repartîmes le lendemain matin, un peu plus lourds, tant au niveau stomacal que dans nos sacs puisque notre hôtesse nous avait préparé un super pique-nique ! Ah les p’tits pèlerins, ils en avaient de la chance ! 

 

                La pluie s’arrêta néanmoins et, au bout d’un moment, une légère luminosité me permit de me prendre pour Dark Vador.

 

 

                Mais, même la tête dans les étoiles, nous étions heureusement sur le bon chemin !

 
 

La pluie, à nouveau.

Achat d’un stock de pansements, pas vraiment préventifs, snif… 

Melles, et enfin, un peu de réconfort dans l’univers jazzy d’un café onirique

 

Et de belles églises romanes où le regard aime se perdre, et l’âme se poser, un peu, et boire.  

 

Pluie. Des gens qui s’arrêtent : besoin d’aide ? Camino = confiance en l’humanité à chaque instant renouvelée !

 

Et nous voilà enfin arrivés à saint Romans-les-Melles, petit village, peu connu, tout petit (où nous avons pourtant passé un certain temps à trouver le couvent qui nous hébergeait avant, euh, avant… enfin, vous verrez pour ce qui nous arriva le lendemain) et doté d'un beau lavoir, d'une hideuse grotte de Lourdes sulpicienne (beurk) et surtout d’une formidable église romane ! Petite merveille de nos villages. Petites découvertes qui ne se font qu’en prenant le temps de se perdre à pieds dans des lieux inattendus.

 

 

C’est aussi le charme du Chemin.

 

Camino 2008 - étape 1 : Lusignan -> Chenay

 

 La pluie : c’est sans doute le mot qui caractérise le mieux cette première journée.

Jamais nous n’avions connu cela pour les deux premiers tronçons : nous allions nous y faire en 6 jours de marche.  

 

Ainsi qu’à la boue qui l’accompagne !

 

 

Nous allions vite apprendre à laisser tomber le pantalon pour passer en short (roh, allez, à quoi pensiez-vous d’autre, hein ?). Et d’ailleurs, c’est aussi une autre sorte d’eau qui nous accueillit quand nous arrivâmes à notre gîte, un peu tôt car le froid avait dû curieusement faire pousser nos ailes.

 

 
 

Ceci étant, le chemin fut intéressant d’un point de vue historique. Car, comme nous l’apprîmes lors du dîner, les tombes dans les champs (vous avez bien lu) que nous avions vues et qui nous avaient tant surpris ici ou là étaient liées à la forte présence protestante dans la région. Leurs cimetières… et jusqu’à pas si longtemps !

 

Arrivés, nos hôtes absents, nous prîmes le temps de visiter ce village. D’ailleurs, admirez la salle… polyvalente ????

 


 

Il y avait surtout une superbe église romane à voir. Et Zabou, dans une belle église romane, elle craque : elle y passerait des heures. C’est simple, c’est beau. Moralité : n’emmenez pas Zabou voir une église romane avec vous. Sauf si vous êtes le filleul de Zabou et que vous partagez le même vice.

 

Eglise de Chenay

 

Puis vint le soir et le repas autour d’une table d’hôtes… Les gens ne se connaissent pas mais les mets et l’alcool versés si généreusement (3ème type d’eau de la journée : l’aqua vitae… Rude après l’apéro maison et le vin. Au moins, le froid ne nous atteignait plus) délièrent vite les langues des trois couples présents, regardant bizarrement les deux p’tits jeunes qui étaient là :

 

- Ah bon ? Mais vous êtes de vrais pèlerins alors ? Je n’en avais jamais vu !

- Et puis vous êtes si jeunes !

- Nan, vous êtes catholiques ? Des jeunes catholiques, ça existe encore ? Vous pèlerinez pour de vrai ?

- Mais vous appartenez à un organisme ? Non ? Vous faîtes ça comme ça ?

Eh ouaaaaaaaaais !

 

L’ambiance à la fin du repas était plutôt très enjouée, les « p’tits pèlerins » y participant allègrement, étant particulièrement en verve. 

Le lendemain matin, on nous prit en photo : « Je veux montrer que j’ai vu de vrais pèlerins, des vrais de vrais qui marchent sous la pluie (« ouais ! » dit-on tous en chœur, motivés, très motivés... ) et des jeunes en plus ! » Bref, si un jour vous trouvez quelque part en France une photo qui ressemble à une Zabou en poncho, ne cherchez pas : c’est bien elle.

 

Bon, moralité de l’histoire je n’ai plus qu’à devenir une « vraie pèlerine » : en suis-je capable ?

 

21 décembre

Gardez-moi un coeur d'enfant

 
Mosaïque de l'église N-D des Neiges à Prague
 
Sainte Marie, mère de Dieu,
Gardez-moi un coeur d'enfant,
Pur et transparent comme une source.
Obtenez-moi un coeur simple 
Qui ne savoure pas les tristesses.
Un coeur magnifique à se donner,
Tendre à la compassion,
Un coeur fidèle et généreux,
Qui n'oublie aucun bien
Et ne tienne compte d'aucun mal.
 
Faites-moi un coeur doux et humble,
Aimant sans demander de retour,
Joyeux de s'effacer dans un autre coeur.
Devant votre divin fils,
Un coeur grand et indomptable,
Qu'aucune ingratitude ne ferme,
Qu'aucune indifférence ne lasse,
Un coeur tourmenté par la gloire de Jésus-Christ,
Blessé de son Amour et dont la plaie ne guérisse qu'au ciel.
 
Père Léonce de Grandmaison, s.j.
- Texte recueilli en l'église de Chenay, sur le Camino en septembre 2008-
 
 
20 décembre

Retour sur le Camino 2008

 
        Le temps de l'Avent est un temps de marche.
 
        Or, comme je ne vous en avais que peu parlé, il m'a semblé intéressant de mettre à profit ces derniers jours d'Avent et les premiers du temps de Noël pour revenir sur mon tronçon du chemin de saint Jacques de cette année qui m'a menée de Lusignan à Pons (Comment ? Vous ne connaissez pas ? Bon, eh bien vous voyez, ce blog vous fait même réviser votre géographie, fou non ?).
 
       Toutefois, à la différence des autres années, je ne raconterai pas l'ensemble de ce chemin, de ce que j'ai fait, parcouru, vu, pensé dans le détail, mais seulement quelques instantanés rapportés.
 
       Pour lancer ce "feuilleton", je vous propose un extrait de la si belle bénédiction de l'Avent qui sonne comme une prière-programme du pèlerin :
 
"Qu'Il rende ferme votre foi, joyeuse votre espérance, et constante votre charité."
 
 
Alors (re)partir.
 

Peut-être...

 
"S'enfoncer dans l'érudition, c'est atteindre ces régions où l'on ne vous rejoint plus, s'avancer vers ces pointes extrêmes de la connaissance, ces fins fonds de tiroir où, peut-être, se trouverait Autre chose."
 
in Pierre Jourde, Huysmans : A rebours ou l'identité inchangée
 
Peut-être...
Et si... ?