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31 mars

Printemps des chaises

 
Printemps des chaises 2009
 
 
Ah non, si les poubelles s'y mettent aussi, on ne va jamais s'en sortir !
 
30 mars

Mots simples

 

Face à certains moments, les mots restent impuissants, ou simplement très fades. Même l’abécédaire remanié et multiplié dans tous les sens ne saurait suffire. A défaut de retailler ma plume, je respire profondément l’air de ces deux jours : j’y retrouve de douces fragrances d’arômes essentiels.

 

Amitié, Christ, Joie, Souvenir, Prière, Célébration, Communion.

 

 

Voyager à travers la Normandie, dans les méandres des souvenirs et de l’amitié tissée au fil de toutes ces années.

 

Prendre le temps d’une messe « entre nous » et en même temps avec tous, le samedi dans l’église d’un village qui m’est cher, tournés ensemble vers le Seigneur au moment du Notre Père, unis par nos mains, unis dans nos cœurs. Puis une paix du Christ qui lave les quelques saletés qui pourraient ternir l’amitié : vivre deux jours en pleine vérité.

 

Apprendre une grande nouvelle : même si l’on s’en doutait… encore un mariage en vue ! Il n’empêche : ça fait toujours quelque chose.

 

Admirer le reflet de l’Infini dans ces paysages marins sans fin et dans ces grandioses constructions humaines qui portent l'âme.

 

Prendre le temps du sacrement de Réconciliation, le dimanche, à l’aurore, avec celui et Celui avec qui je l’ai vécu la toute première fois. Rendre grâce de tout son cœur. Repartir.

 

Autour d’une table bien remplie, rire, se dire, sourire. Quand les regards disent beaucoup.

 

Face à la mer, prendre le temps de la prière, à côté du corps de notre frère. Face à la mer, chanter, se rappeler et puis, face à la mer, en profiter pour poser en mon cœur certaine décision.

 

Hier, face à la mer, chacun s’est souvenu.

Ecoute ! « Si le grain de blé ne tombe en terre… » : c’était fait exprès ?

 

Chacun est reparti hier, malgré l’émotion, avec au cœur une grande Joie, aimant et aimé.

 

Pour « qu’il porte beaucoup de fruits. »

 

 

Lire, relire, parler, annoncer : sacrée responsabilité !

 

            Le lecteur avait pour tâche de mettre le texte sacré, au cours des célébrations liturgiques, à la portée du public des fidèles, dans les églises, les basiliques et autres lieux du culte. Il était le traducteur et l'introducteur auprès du peuple de la parole de Dieu qu'il exprimait en langue vulgaire et dans laquelle il pouvait, sans même s'en rendre compte, glisser ses interprétations subjectives. Il faut entendre que le lecteur, en ces temps où les masses populaires étaient illettrées, se trouvait détenteur d'un privilège éminent : celui d'être un familier du livre. Le prêtre, au-dessus de lui, était le familier des saintes espèces, corps et sang du Christ, et par là, plus que tout autre, initié aux mystères. Le lecteur, à son rang plus modeste, était initié au secret fascinant de l'écriture, à l'ordre des mots, au mouvement de la phrase, à sa respiration profonde, aux constructions subtiles de la synataxe. Il avait le pouvoir non pas d'ouvrir le tabernacle, ce qui était le privilège du prêtre, mais d'ouvrir le livre et d'accéder au sens des mots. Il avait reçu auprès d'un grammairien et d'un rhéteur une formation qui lui avait ouvert l'esprit à cet autre monde, celui de la beauté poétique et philosophique, aussi insondable et inépuisable que l'infini cosmos donné au regard contemplatif.

In Claude Louis-Combet, Transfigurations, "Passion de Maure et Timothée"

29 mars

Parce que j'ai le coeur trop plein

 
 
Simplement, merci à Toi.
 
27 mars

Tschüss !

 

Café bu.

Sac empli.

Bible, chaussettes, carnets de chants, flûte de zut et Huysmans.

Honoré ? Honoré.

Ah, appareil photo et ...  euh ? Et schtroumpfs.

 

Un paquet de photocopies à aller récupérer en Sorbonne pour se lester et c’est parti.

A dimanche !

 

P.S. : Je laisse H.P. à la maison, il monte la garde.

 

Il y a des jours, comme ça

 
         Après avoir parlé Normandie / Bretagne avec une bien méchante collègue à 2h du mat' et une courte nuit de sommeil, à l'aurore, alors que je venais de me recoucher (à 7h30 après m'être levée à 7h : si, il y a une raison, oui, ce n'est pas simplement de la folie Clin d'oeil), j'ai reçu un texto... euh ?
 
J'ai fait un rêve d'une absurdité légendaire avec une baleine et où t'étais, je te raconterai. Extrait :
Arnaud : "C'est eau chaude ou eau froide pour enlever les poils de baleine ?"
Isa : "Beh chaude évidemment, Arnaud !"
 
Il y a VRAIMENT des choses qui m'échappent ici-bas.
 

"Domine, libera nos a furore Normandorum !"

 

Zabou dit : Oui, ms toi tu replaces ça dans une lutte Bretagne / Normandie toujours !

Maggy dit :

>_< va y avoir du sang

Maggy dit :

bah oui je c pas comment je me démerde mais je suis entouré de normands dc c drole

Maggy dit :

srtt kils sont susceptibles ^^

Maggy dit :

et que je suis mm pas bretonne
 
Dont acte.
 
Oui, bain de sang il y aura, tu avais raison sur ce point et tu pourras alors t'époumoner avec ce vieux cri cité par Barbey des autochtones attaqués par les Normands :
 
"Domine, libera nos a furore Normandorum !".
 
Maintenant, mes frères, qui commence ?
 
Zabou, mi-bretonne, mi-normande et parisienne : ce sont les pires.
 
26 mars

W week-end

 

 

Partir et se retrouver, le temps d’un week-end, avec eux. Eux ?

 

Eux, ce sont, oh je ne sais trop comment les qualifier : mes copains, mes amis, mes frères ? Des gens avec qui j’ai tout partagé et vécu certainement parmi les plus beaux moments de mon existence jusqu’à ce jour. Des terribles aussi. Des frères de cœur, des vrais.

 

Des Hauts-de-Seine à Rome, de la Manche à l’Orléanais, on a vécu des histoires folles, des fous rires incontrôlables en pagaille. On a servi des messes pontifiantes et pontificales. On a chanté, lutté, prié et même, parfois, pleuré ensemble. Ca lie, à vie.

 

Chacun a suivi son chemin, on ne se voit pas si souvent, si ce n’est nous autres, les trois désormais responsables. Toutefois, les liens demeurent et chacun sait pouvoir compter pleinement sur l’autre. C’est pourquoi une idée était née lors du mariage de l’un des nôtres en août dernier : « ce serait bien, si… ».

 

Partir, se retrouver, se raconter, se poser, célébrer, rire, prier, autour de Celui qui nous a réunis.

 

Prier, aussi, avec et pour l’un des nôtres qui nous a quittés, il y a déjà 10 ans, bien trop tôt et qui sera là lors de ce week-end, à sa place, parmi nous. Dimanche matin, comme en 2000, comme en 2002, nous irons sur sa tombe, sise face à la mer, prendre un moment. Important.

 

J’ai ouï dire par une connaissance commune que mon ancien curé avait dit : « Ce week-end, je pars avec mes petits ». Je dois dire qu’il n’a pas vraiment tort de dire « ses » petits, le padre ! De ses engueulades-éclairs-pardon-direct-après à ses catéchèses géniales, de ses œufs de Pâques à son pyjama petit bateau (!!!), de son « Chante Alléluia au Seigneur » à son côté bon vivant, c’est tout un phénomène qui a fait plus que nous marquer que l’on embarque avec nous !

 

A se demander qui encadrera qui désormais…

 

Départ demain soir J !

 

Ah la jeunesse ! (26 mars 2009)

 
         Ce matin, j'ai fait des courses avec ma marraine de confirmation à moi. Que nous importe allez-vous me dire ? Outre le fait qu'on a bien ri et que les courses furent particulièrement sympathiques, ben, cette marraine, 81 ans tout de même, m'a sorti la chose suivante avec un aplomb formidable :
 
"En ce moment, j'ai 8 vieilles <ndZabou : comprendre "à visiter">, 5 dans cette maison de retraite, 3 dans l'autre. Tu sais, c'est pas facile les vieux ! On sait jamais trop quoi leur raconter ! Enfin, c'est mon travail maintenant."
 
- Elles ont quel âge ?
 
- Oh, mais elles sont souvent plus jeunes que moi !
 
Ouais, bon, on va dire que la jeunesse, c'est vraiment un état d'esprit !
 

Parfois, ma foi

 

Pour lutter contre l’envahissant passé, on le camoufle subtilement sous le présent.

Oh ! Essentiel présent, moment de grâce présent même, mais non salvifique présent.

Car futur il y a, à oser regarder en face.

 

Un regard en face, droit dans les yeux.

Vous savez, celui qui ne se fait qu’avec tout son être, sinon il n’est pas vrai.

Il n’est pas droit, carrément biaisé et pas franc : je ne puis me le permettre.  

 

Si la blessure saigne, c’est donc avec elle qu’il faut regarder en face, et non contre elle, ou en lui ajustant un pseudo-bandage niaiseux qui ne lui correspond pas.

Un stigmate au cœur, on ne s’y fait jamais vraiment. Tant pis. Ou peut-être tant mieux ?

 

Je suis incompréhensible.

Pas grave, les réflexions ce soir ont coulé, seules parfois, le long du clavier.

 

25 mars

Dimanche donc

 
 

Encore un post sur dimanche dernier, le troisième et dernier. J’ai parlé de la phrase de mon frère, de laetare en laissant la place à Zundel qui la laissait si bien à Dieu : il manque en fait ce qui m’a le plus marqué.

 

Vous vous souvenez peut-être de ma légère amertume de mai dernier à propos de mon équipe d’aumônerie ? Qui me faisait rendre grâce, malgré tout ? Elle est à relire là.

 

Cette année, je fus surprise lors du lancement de la préparation confirmation « inter niveaux » : il y avait une jeune de mon équipe de l’an passé qui n’avait voulu la faire l’an passé. Elle était là, et bien là. Vraiment présente, vraiment participante : j’ai souri dans mon cœur à la voir ainsi. De séance en séance, l’impression s’est faite toujours plus vraie et…

 

Dimanche, donc.

 

- Zabou, tu es prise ?

- Euh ??? Pour quoi ?

- J’aimerais te demander... Si tu acceptes d’être ma marraine de confirmation pour novembre?

 

Touchée, ça oui, mais surtout émerveillée. Peu importe que je sois marraine ou pas mais quel beau chemin !

 

- Oh ! Mais c’est une question sérieuse ça, mademoiselle ! Ce sera avec joie, mais il faut qu’on en cause bien toi et moi : on ne décide pas ça à la légère !

 

Emerveillée. Nous ne semons vraiment qu’au hasard du vent : Dieu fait le reste et l’homme n’a plus qu’à rendre grâce, de tous ses pauvres moyens.

 

24 mars

Vie du lettré, W. Marx

 
 

Vie du lettré, W. Marx, éd. de Minuit, coll. Paradoxe, 2009, 240 p.  

 

Après les citations, quelques mots !

 

« Ils lisent des textes, les rassemblent, les éditent, les commentent, les transmettent aux générations futures, produisent à leur tour d’autres textes : ce sont les lettrés, apparus parmi nous voici déjà quelques millénaires. […] Le plus souvent invisibles ou méconnus, ils composent une communauté secrète, reliée à travers les temps et les lieux par des rites partagés, des habitudes analogues, des affinités mystérieuses. Qui sont-ils ? Comment vivent-ils ? Où habitent-ils ? Que mangent-ils ? A quelles amours s’adonnent-ils ? Comment naissent-ils et meurent-ils ? A toutes ces questions et à bien d’autres, ce livre apporte des réponses précises et concrètes. » (Extrait de la quatrième de couverture)

 

Un simple moment de connivence que la lecture de ce texte. Oh, ce n’est pas un « grand » livre mais c’est un livre remarquablement bien fait, intelligent et amusant. Divisé en 24 chapitres, autant que d’heures dans une journée, on y suit pas à pas les grandes étapes de la vie d’un « lettré », ses occupations, ses problèmes, ses doutes, ses joies. De la Chine à la France, de la préhistoire à aujourd’hui, l’auteur tente de retrouver les grandes lignes de ce qui  fait l’existence d’un lettré, et l’on est séduit. On s’y reconnaît, parfois, mais surtout l’on s’amuse bien, d’autant plus que ce livre est bien celui d’un lettré : notes et bibliographie y sont abondantes !

 

            On ne peut être d’accord avec tout, certains chapitres semblent lacunaires (celui sur « l’instruction » par exemple où la figure des Maîtres du Lettré apparaît peu alors même que les « maîtres et les maîtres de ses maîtres » sont les dédicataires de l’ouvrage !), d’autres sont exagérés (cf. celui sur « l’âme » et le passage cité il y a quelques jours sur ce blog qui m’a fait sourire) mais l’ensemble se lit avec plaisir. Pour finir, je ne résiste pas au plaisir d’une dernière citation avec un  court passage tiré du chapitre sur « la sexualité » qui se passe en bibliothèque :

 

« Non plus que les anges, le lettré n’a de sexe. Ce qui revient à dire qu’il relève de l’un et de l’autre. Toute la communauté des lettrés vit sur ce paradoxe.

 

Il n’y a guère de lieu plus chaste qu’une bibliothèque. Mais guère de plus torride également lorsque, jour après jour, autour des mêmes tables, les mêmes lecteurs se croisent, s’observent, se frôlent, sans pourtant rien savoir les uns des autres. […] Muette, secrète, l’existence d’un voisin de bibliothèque se limite au grattement d’une plume sur le papier, au cliquetis d’un clavier d’ordinateur, au bruit d’une page tournée, d’un stylo reposé, aux menues manifestations de la vie organique. […] La seule chose à peu près certaine que, sans trop de peine, on puisse savoir de lui, ce sont les livres qu’il consulte. […]. On soupçonne certains lecteurs ou lectrices de ne commander certains ouvrages que pour se donner une pose. Dans une bibliothèque, les signaux sexuels sont si feutrés, si tamisés, si indirects, que tout ce qui, dehors, passerait normalement inaperçu prend aussitôt valeur d’invite agressive. Nul besoin de bas résille, de pantalon moulant, de maquillage excessif : un livre suffit, non nécessairement érotique. L’originalité des lectures est un puissant aiguillon de la libido : rien ne fait plus fantasmer l’exégète de codes juridiques qu’un métaphysicien de haute volée ou qu’une lectrice de poésie de la Renaissance, et vice-versa. »

 

 

A noter pour les Parisiens : une rencontre avec William Marx est organisée autour de Vie du lettré le jeudi 2 avril à 18h à la librairie Compagnie.

 

 

Laetare

 

Dimanche dernier, c'était le dimanche de "Laetare" et je n'en ai même pas parlé ! Mais Zundel en parle si bien...

L'amour est plus fort que la mort... Il n'y a pas de douleur qu'il ne puisse transfigurer, pas d'infirmité dont il n'allège la pesanteur. Les aveugles sont les grands voyants du monde sonore et c'est à un sourd que nous devons  l'Hymne à la Joie le plus triomphant.

Mais si de grandes âmes ont pu vaincre la souffrance, la pauvreté, la prison, les deuils, les humiliations et rendre grâce au poteau d'exécution, comme d'Estienne d'Orves, et chanter jusqu'à l'échafaud comme les Carmélites de Compiègne, on ne s'étonnera pas que l'Amour qui les portait confère à toute existence, pourvue du nécessaire sans épreuve héroïque, un surcroît infini de bonheur et de grandeur, dont témoignent, chacun dans son langage tous les génies, tous d'accord pour reconnaître dans cet Amour qui aimante leur recherche:  "La Vie de leur vie."

"Pourquoi vouloir être quelque chose quand on peut être quelqu'un?" écrit Flaubert dans son journal, scandalisé par un billet de Baudelaire qui lui demande de pousser sa candidature à  l'Académie Française.  C'est qu'il n'ambitionne, lui, Flaubert, d'autre récompense que d'exprimer toujours mieux, en s'effaçant devant elle, cette "Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle qui ravissait le coeur de Saint Augustin.  Avec la même humilité Einstein affirmait que "l'homme qui a perdu la faculté de s'émerveiller et d'être frappé de respect est comme s'il était mort." car il n'aspirait qu'à ce dialogue "mystique" avec un univers perçu dans la Pensée créatrice dont la nôtre tire toute sa lumière.  Et qui a mieux chanté "la joie de connaître" que Pierre Termier déchiffrant la genèse de la terre dans le grand Canon du Colorado? Mais non moins admirable est ce témoignage d'une pauvre bergère illettrée qui n'arrivait jamais au bout de son "Notre Père" parce qu'elle éclatait en sanglots dès les premiers mots, en pensant qu'une chétive créature comme elle jouissait du privilège incroyable d'invoquer Dieu comme son Père.

Si le message de Jésus s'achève dans ce testament de Joie: "Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite", c'est que tout l'Evangile est la révélation et la communication personnelle du Dieu-Charité, du Dieu qui n'est qu'Amour et dont le Coeur est le berceau de toute réalité.

Ce dimanche rose du "Laetare" oriente nos regards, au milieu du Carême, vers l'univers pascal qui doit fleurir de la Croix, où la création sera ré-engendrée par le Verbe fait chair, en qui l'Amour éternel s'immole pour faire contrepoids à tous nos refus d'amour.

La Musique qui est le chant du Silence, par le ministère des grands Artistes qui sont nos hôtes, va nous disposer à entendre selon le mot de Saint Ignace d'Antioche, ce "mystère de clameur accompli dans le silence de Dieu", dont chaque Liturgie renouvelle la présence et l'appel.         

Il ne suffit pas, en effet, que Dieu se donne pour que sa joie soit en nous.  Seul le consentement de notre amour peut fermer l'anneau d'or des fiançailles qu'Il ne cesse de nous proposer, comme en témoigne Saint Paul aux Corinthiens dans cette parole qui s'adresse à nous:  "Je vous ai fiancés à un Epoux unique pour vous présenter au  Christ comme une vierge pure".

 Mais comment cela peut-il nous atteindre réellement?  Allons- nous verser dans une sensiblerie pseudo-mystique en nous imaginant favorisés, plus que le commun des hommes, des prédilections divines?

Toute illusion à cet égard est écartée par le mandatum qui fait de l'amour effectif envers les hommes le critère exclusif de notre amour envers Dieu.  C'est d'abord dans le jardin d'autrui que doit fleurir, par nos soins, la rose du Laetare.

Qu'exige de nous, en famille, au travail et dans toutes nos relations humaines la joie des autres?  Nous verrons, sans tarder, qu'elle réclame une attention si constante. un effacement de nous-même si soutenu, qu'ils sont rigoureusement impossibles sans une permanente reprise de contact avec Dieu.

C'est là le noeud des deux préceptes qui n'en font qu'un : l'amour de Dieu et l'amour de l'homme.

L'Evangile est la bonne nouvelle de l'Emmanuel : "Dieu est avec nous". Mais comment l'apprendra l'homme d'aujourd'hui, si le sourire de notre amitié ne lui rend pas sensible le Visage qu'un coeur humain, ne peut reconnaître qu'à travers un amour humain où il transparaît.

Le Testament de joie est remis entre nos mains, comme le plus urgent appel à notre générosité qui en peut seule assumer  l'accomplissement dans le monde contemporain, au cours du temps  dont chacun de nous dispose pour s'éterniser. 

Maurice Zundel, "La Joie chrétienne", 8 mars 1964, Foi vivante n°49.

23 mars

La phrase du jour (22 mars 2009)

 
           Bon, il faut tout de même que je vous raconte cela. Hier après-m', c'était temps fort confirmation en doyenné. Comme toujours, réactions diverses des jeunes et des animateurs (noooon, pourquoi tout le dimanche après-m est-il pris ? / On est obligé de venir ? / Grmbl, et mon mémoire, qui y pense dans l'affaire, hein ? Marre des week-end pris. Ouais, ouais, je sais, je sais, je viens, bien sûr). Et puis, une fois sur place, dès le pique-nique, l'ambiance s'améliore, les zygomatiques s'exercent avant de se laisser franchement aller pour une belle journée. Comme le veut notre fonctionnement, chaque groupe "restitue" ce qu'il a fait depuis la dernière rencontre en doyenné : c'est le cas, bien sûr, de mon équipe d'aumônerie au sein de laquelle c'est mon frère qui fut plébiscité par la foule en délire pour s'exprimer devant tous. Il le fit avec brio.
 
"Ouais, bon, alors la dernière fois on a parlé des horoscopes et des pratiques occultes.
Et puis avant, on a fait l'amour."
 
Merci p'tit frère pour le fou rire qui a suvi ! Clin d'oeil
 

J'ai une question

 
J'ai une question
 
Quand les crochets sont-ils devenus plus sexys que les parenthèses ?
 
22 mars

Et l'Eglise ? 150 mots, pas plus.

 
 
        Je me suis récemment laissée entraîner à discuter sur un blog des derniers événements de l'Eglise qui, comme tant d'autres, m'ont secouée. Parce qu'il y a tant de mensonges, parce que c'est dur et peut-être aussi parce que c'est assez ridicule. On parle de l'Eglise, on la critique, on la loue, on la soumet au déchaînement des passions mais quand j'y réfléchis, je vois bien ce qui me rend tristoune : où est Dieu dans tout cela ? Communauté d'humains absurde que la nôtre si elle n'est pas fondée "sur le roc" ! Si l'on oublie cela... à quoi riment toutes ces discussions dans un monde où l'on aurait évacué toute transcendance ? Point de Foi, point de croyants, point d'Eglise : la chose est entendue, réglée.
 
Peut-être bien qu'il est temps, simplement, de se (re)mettre à prier ?
 
21 mars

A l'usine

 

 

Une jeunesse, loin d’être dépravée, mais habitant un monde étrange : c’est là où je me suis rendue aujourd’hui. Pétillante d’intelligence, elle avait l’esprit vif, le sourire charmant, l’humour de « ceux qui pigent » : en un mot, l’élève parfaite.

 

Mais, ce soir, j’ai du mal à écrire quand je pense à tout cela.

 

Non, décidément… non, je ne crois pas à la production en batterie des Cerveaux, ridicule système où l’on oublie que l’enfant est un enfant, où l’on sacrifie une jeunesse sur l’autel des futurs concours. Topos que le temps qui passe mais réalité bien humaine : Mon enfant, qu’as-tu fait de ta jeunesse ? As-tu du cœur ?

 

Par certains côtés, elle et moi au même âge, on se ressemble -et certainement plus qu’aucun autre de mes élèves- : un caractère d’enfant sage, une certaine précocité, de la facilité sans s’acharner à la tâche, sauf… sauf que je fus élevée « au grand air ». Et la différence est là, loin d’être minime.  

 

On va bosser, ça oui, pour aller là où tu voudras aller « plus tard », sans doute bien plus loin que moi. On les lira ces superbes textes à ton programme, je te le promets, ou plutôt on apprendra à les lire, à leur école, à y chercher ce qui fait leur beauté, leur magie, leur profondeur. Et ce sera une grande joie. Mais, au fond de moi, je te l’avoue sur ce blog que tu ne liras heureusement pas : je te souhaite du plus profond de mon cœur, un de ces jours, de prendre un chemin de traverse et de faire, ne serait-ce que quelques heures, l’école buissonnière.

 

Parce que ? - 2

 
     "Allons encore plus loin : ne serait-il pas possible de retrouver dans l'effort de l'étude la dynamique même de la charité ? C'est sur ce mot en effet que se clôt le Traité des études monastiques, citant encore une magnifique méditation du saint patron des lettrés, Jérôme :
 
Nous mourons tous les jours, nôtre vie s'altere à tous momens, & cependant nous croyons estre immortels. Le tems que j'employe à dicter, à relire & à corriger ce que j'écris,est autant de retranché sur ma vie. Autant de traits de plume que donnent ceux qui écrivent sous moy, sont autant de momens qui sont rabatus sur mes jours. Nous écrivons, nous faisons des réponses : nos lettres passent les mers ; & les vagues que le vaisseau qui les porte excite en fendant les eaux, sont comme autant de momens de nos vies qui s'écoulent. L'unique avantage qui nous reste, c'est de demeurer unis les uns avec les autres par l'amour de Jésus-Christ.
 
      Donner un trait de plume ou sacrifier un peu de sa vie, c'est tout un. Le mouvement qui porte vers les textes pour les comprendre de l'intérieur, avec humilité, n'est-il pas le même que celui qui porte vers autrui dans un élan de charité ? Les commentaires ne sont-il rien d'autre que lettres envoyées aux grandes oeuvres ? Car les textes aussi s'offrent à nous comme nos prochains, créatures à aimer et à servir. Et c'est ainsi que sera sauvée l'âme du lettré."
 
William Marx, Vie du Lettré, éd. de Minuit, 2009, p. 116.
 
20 mars

La bonne idée ou le mauvais goût du jour (20 mars 2009)

 
Actuellement, pas moyen d'aller dans un lieu où résident étudiants ou universitaires sans entendre parler des réformes et de la grève. C'est assez normal car c'est tout de même la 7ème semaine de grève (attention, je n'ai pas dit "sans cours" !). Tout à l'heure, au "club des Lettres" de la BNF <traduire : la salle de pause moche dont l'intérêt réside tout entier dans les machines à café de luxe>, alors que je buvais tranquillement mon café en relisant quelques pages de Balzac, se trouvaient à la table d'à côté trois professeurs d'université. Extrait :
 
- Je crois qu'on a épuisé tous les moyens d'action.
 
- M'en parle pas, j'ai une collègue qui est prête à aller bloquer les TGV !
 
- Remarque, ça pourrait être une bonne idée, comme les agriculteurs ! Il faut se mobiliser pour bloquer un quartier de Paris. Je suis prêt à venir en marcel, casquettes et bottes s'il le faut.
 
- Vous n'avez rien compris chers collègues. Il faut que nous défilions nus, avec les académiciens au premier rang. Une telle vision d'horreur ferait reculer le gouvernement !
 
Je l'avoue : je n'ai pu poursuivre ma lecture de Balzac.
 
19 mars

Parce que

 
"Nul besoin d'être aveugle, en effet, pour subir le supplice de Tantale : face à l'immensité du savoir qui s'offre à lui, l'étudiant fait la dure expérience de son incapacité physique à tout embrasser. Le corps se refuse à veiller, les yeux se ferment, l'esprit se brouille, l'estomac se serre, les membres s'ankylosent : "Ce n'est pas aujourd'hui que tu finiras cette page", lui crie tout son être. Il la finira, pourtant, et en finira d'autres, jusqu'au plus profond de la nuit : sacrifier le corps restreint au bénéfice du corps étendu, c'est le courage du lettré."
 
William Marx, Vie du Lettré, éd. de Minuit, 2009, p. 26