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30 juin

Valse avec Bachir

 

Pour ce premier film de la fête du cinéma 2008, mon choix s’est porté sur un film d’animation : Valse avec Bachir.

 

 

Le sujet ? La guerre, troublante jusqu’à l’oubli pour le narrateur. S’ouvre alors une quête de la mémoire perdue, prétexte au témoignage polyphonique et finalement à une quête du « moi » humain, capable de commettre  « tout cela ».  Et d’incertitudes en vérités assenées, l’amnésie sélective s’éclaire…

 

Clairement situé dans la lignée de l’excellent « Persépolis », Valse avec Bachir nous offre un regard d’un calme étonnant sur l’horreur. Si le rythme s’essouffle parfois, si les traits psychanalytiques sont parfois trop poussés, ce sont les seuls reproches qui me semblent pouvoir être faits à ce beau film sur un sujet délicat, mais pertinent.

 

 

29 juin

saint Pierre - saint Paul

Saint Pierre

 

Saint Pierre, saint Paul, apôtres.

 

Un lâche et un persécuteur : pourtant deux hommes au service de Dieu.  

 

Modèles de l’engagement plénier à la suite du Christ, malgré toute leur misère et leur impuissance… qui est aussi nôtre.

 

Rouge du sang, rouge des témoins étant allés jusqu’au bout, rouge de l’Esprit qui parcourt la terre et les cœurs : c’est ainsi que nous les fêtons aujourd’hui.

  

 

Modèles pour nous, clairement, et sur de nombreux domaines mais c’est sur celui de l’engagement que notre aumônier choisit de prêcher aujourd’hui et c’est avec attention que j’écoutai l’appel vibrant à s’engager activement au sein de la communauté ecclésiale, lancé à chacun. La moisson est abondante, les ouvriers sont peu nombreux. Je me disais que c’était bien, que c’était nécessaire mais qu’il y avait un manque cruel dans toute cette liste, c’était l’appel à arrêter de jouer aux pompiers.

 

Non, non et non, ce n’est pas parce qu’ils circulent en rouge : je parle plutôt de ces « pompiers » de l’engagement, de ceux qui éclaboussent les meilleures volontés avec une lance d’incendie, faisant hurler la sirène d’alarme : « mais Dieu n’en demande pas tant ! ». Sans blague. Il y aussi les amateurs de la litanie plaintive -très spécifique- des « Il faudrait », producteurs effrénés de  beaucoup de bruit.

 

Ces pompiers sentent pourtant l’amateurisme : à côté de leurs mégardes, ils ne tiennent pas compte du vent.

 

Qui souffle, rallume et ravive sans cesse le feu qui couvait sous la cendre.

 

 

 

28 juin

Entrée dans l'année saint Paul

 
 
 
Ce jour : entrée dans l'année saint Paul :
"Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps !"
 

Cauchemar : l'épreuve finale

- Vous avez été sélectionnée pour l’épreuve finale.

Stressée au plus haut point, je me demandais ce dont il pouvait bien s’agir. On venait de me faire rentrer par une porte dérobée –une de plus que je ne connaissais pas !- dans un amphi qui m’était encore inconnu, placé sous le patronage d’illustres statues que je ne parvenais pas à reconnaître immédiatement. Là, l’épreuve finale m’attendait :

« Mademoiselle, pour obtenir ce poste, vous allez devoir présenter un exposé devant le jury que voici. »

 

Je regardai l’assistance : trois sorbonnards parmi les plus chevronnés, presque ancrés dans ces murs antiques et auteurs de multiples ouvrages dont certains embellissaient même ma bibliothèque personnelle. J’allais devoir affronter l’expérience et l’intelligence critique avec toute la simple fougue de ma jeunesse : dur.

 

« Ces professeurs, que vous connaissez, ont vécu des dizaines et des dizaines de colloques. »

Sans blague monsieur. « D’accord. Qu’attendez-vous de moi ? Une théorie révolutionnaire ? Une consultation du Klapp ultra-rapide ? Autre chose ? »

 

- Ne vous emportez pas. Une seule chose vous est demandée : parvenir à les endormir.

Le sourire qui ornait mon visage s’effaça d’un coup et je compris la précision de mon mentor : l’horreur.

 

Un entraînement de dizaines d’années entières, une sélection en équipe nationale à multiples reprises, des milliers d’exposés entendus et d’articles illisibles par le commun des mortels lus, des dizaines de thèses hermétiques chapeautées… et j’étais face à ceux-là.

 

Le défi était ardu, féroce.

 

26 juin

Licence

         Bon, voilà, il fallait bien que cela m'arrive un jour :

depuis ce matin, je suis officiellement licenciée ès lettres.

Bizarre comme on se sent grand... et tout petit.

         Ayant appris moult choses passionnantes que d'aucuns qualifieraient d'inutiles, on a acquis quelques petits traits savants et antiquisants, usant et abusant même du latin à nos heures perdues. Dans le même temps, on se sent complètement ignare face à ce qu'il reste à acquérir, surtout quand l'on écoute nos admirables professeurs. Et l'on apprend à devenir tout humble devant la connaissance. A ne pas (ou plus...) oser dire qu'on la possède mais seulement à la contempler et à, parfois, oser en déguster et digérer quelques délectables mets pour mieux les faire partager.

        Licenciée ès lettres... N'y a-t-il pas dans cette expression comme une délicate senteur surannée ? Celle d'un temps où faire ses Humanités était passage obligé ? Maintenant, il y a un côté fou, frappadingue à faire ces études, parce qu'a contre-courant et à contretemps des moeurs d'un temps, notre temps, où l'utilitarisme règne en maître.

        Peut-être est-ce d'ailleurs parce que nous abusons de notre licence, peu poétique mais fantaisiste, de parole que nous sommes licenciés...

... et peut-être seuls à être heureux de l'être ! Clin d'oeil

Zabou,

licenciée ès lettres

et/ ou masterante en littérature française ?

 

24 juin

Du fanatisme

 
          "Le Fanatisme, c'est de prononcer oui ou non sur n'importe quoi. Il n'y a pas d'autre définition. "Que votre discours soit : Oui, oui ; Non, non." Telle est la formule du fanatisme dans le Sermon sur la Montagne. Vous voyez combien c'est simple. Seulement il faut savoir.
 
           Quand on vous demande : Etes-vous chrétien ? si vous répondez : Oui, sans périphrase, vous êtes un fanatique. Si vous répondez : non, vous êtes encore un fanatique. Si vous ne répondez pas du tout, on vous soupçonnera du fanatisme le plus dangereux."
 
in L. Bloy, Exégèse des Lieux Communs, n°LXXXII
 
 
 

Ne pas craindre

 

Juin 2008, engagement de Sixtine et d'Olivier dans le groupe 

 

« Ne craignez pas », c’était l’Evangile de dimanche dernier. Et moi, eh bien, je l’ai pris pour moi : je venais d’apprendre une charge qui me faisait flipper… Un groupe de presque 40 servants à diriger –ou plutôt à servir- l’an prochain.

 

Quand on me confia le groupe, je stressais déjà malgré ma joie de m’en occuper mais alors nous n’étions que 20. Puis nous devînmes 30, puis encore un peu plus pour arriver en début d’année prochaine à ces « presque 40 », énorme.

 

Oui, les jeunes affluent dans notre groupe et je ne peux que m’en réjouir. Oui les jeunes restent, trouvant là quelque chose, je ne sais quoi exactement, qui les aide dans leur vie chrétienne. Oui, les jeunes reviennent des sorties et des pélés avec un sourire large jusqu’aux oreilles. Mais voilà la responsable a peur. Elle voit les longs moments passés à préparer les réunions quand on est 20 ou 30 et se demande ce qu’il en sera quand on sera 40, elle repense aux nuits quasiment blanches avant les sorties, aux dissert finies en pleine nuit parce que tout le temps libre avait été consacré au groupe. Et puis, il y a l’équipe d’aumônerie aussi -car, folle que je suis, j’ai resigné pour un an- mes amis, mes études, peut-être même un futur travail à la fac de quelques heures par semaine…

 

Ouais, Seigneur, je flippe grave en fait devant tout cela, malgré la présence de mes deux amis de coresponsables. Et pourtant, il y a le sourire de mes jeunes, transcendant les pires fatigues, la joie du Service et la Confiance, toujours. Mais on se sent bien faible et impuissant face à tout cela. Peur de ne pas être à la hauteur de la tâche, aussi. C’est alors que la Parole de ce jour est venue comme un écho renforçant celle de dimanche : « c’est mon Dieu qui est ma force ». Ah c’est pas faux, oui. Et j’entendis même comme un petit écho qui me renvoyait à ce fameux texte phare d’Isaïe 43 « Ne crains pas car je suis avec toi ».

 

Ok, ok, j’ai compris…

 

23 juin

Bris et bruits

 
 

Frictions. Eclats. Bris.

 

Irréparables, dit-on. Malheur, entend-on et même, parfois, l’Accusation terrible entre toutes : tu as osé poser un choix ! Parce qu’un amen n’a pas été dit, un jour. Parce que tu as été toi, péché sans rémission possible.

 

Et le temps passe, et le temps coule, s’enfuit sous les doigts impuissants à recoller le puzzle délicat d’années passées à collaborer, à compagnonner dans un doux labeur.

 

Un autre jour, le hasard d’une place, le soleil estival, un quelque chose dans l’air de joyeux. Et deux éclats se rencontrent, se prennent par le bras et ce qui les tenait ensemble réapparait comme en filigrane, à la lueur d’un soleil intérieur. Plus solide qu’une réparation à la colle. Sans gommage ni maquillage des fractures. Simplement, elle est.  

 

Gaudemus !

 
           Samedi 21 juin, fête de la musique. Et c'est une drôle de musique, d'un peuple qui chantait ensemble qui se fit entendre le matin quelque part dans Nanterre, puis dans tout le diocèse, puis dans l'Eglise, mélopée diverse et harmonieuse, résonnant d'un coeur à l'autre et qui ne cessait de s'amplifier.
 
 
21 juin : ordination sacerdotale de Yannick Demey
 
Pour lire l'homélie de Mgr Daucourt, c'est ici !
 
19 juin

D'un certain art de vivre...

 
       Puisque nous parlions de Baudelaire, voici un billet interdit aux mineurs même s'il y est question de fée et que tout y semble plus magique, vaporeux et évanescent... Car je veux, à mon tour, composer mes églogues !
 
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Tout un art qui nécessite initiation, doigté, finesse !
 
 
 
Résurrection
Après le Phoenix, après Jésus, la fée : bref, feli(x)itude !
 
 
Hélas, le résultat de cette boisson demeure consternant. Pour le prouver, Zabou a enquêté pour vous en suivant deux jeunes après leur initiation ab(i)sinthique, bien qu'ils prétendent avoir fait simple acte de culture et être à jeun. Le résultat de cette enquête n'est qu'une simple image, ô combien édifiante ! Hélas, hélas, pauvre jeunesse :
 
Nom d'un canard en plastoc !
Un jeune étudiant ingénieur et une sorbonnarde tentent de s'initier au langage des Anatinae : vibrations intellectuelles puissantes ?
Peut-être...
Ou pas quand le canard est en plastique.
 
 
- Jusqu'au 30 juin au musée de Montmartre-
 
 
18 juin

Comme une ambiance d'épilogue, alors un cri du coeur

 
[I]
Epilogue.
 
Paris entre chien et loup
 
Le coeur content, je suis monté sur la montagne
D'où l'on peut contempler la ville en son ampleur,
Hôpital, lupanar, purgatoire, enfer, bagne,
 
Où toute énormité fleurit comme une fleur.
Tu sais bien, ô Satan, patron de ma détresse,
Que je n'allais pas là pour répandre un vain pleur ;
 
Mais comme un vieux paillard d'une vieille maîtresse,
Je voulais m'enivrer de l'énorme catin,
Dont le charme infernal me rajeunit sans cesse.
 
Que tu dormes encor dans les draps du matin,
Lourde, obscure, enrhumée, ou que tu te pavanes
Dans les voiles du soir passementés d'or fin,
 
Je t'aime, ô capitale infâme ! Courtisanes
Et bandits, tels souvent vous offrez des plaisirs
Que ne comprennent pas les vulgaires profanes.
 
Charles Baudelaire
(in Projets d'un épilogue pour l'édition de 1861 des Fleurs du Mal)
 
17 juin

L'actu de Zabou

 
 
JE SUIS EN VACANCES, JE SUIS EN VACANCES ! Réception
 
Petite pensée émue tout de même pour ceux qui passent le bac et le brevet :
merde à vous, jeunes gens !
 
Comme dirait ce cher Virgile que je suis heureuse d'enfin quitter : "Labor omnia vincit improbus".
C'est p'têt pas tout à fait vrai, mais ça aide bien quand même !
 
16 juin

De l'Amitié et du regard amusé

 
A celui qui s'y reconnaîtra
 
"Quand on a tout partagé, que l'on s'entend, que l'on s'apprécie, que l'on est proche et que l'on a partagé des quantités d'expériences, tout devient source d'amusement et de complicité. Il n'est pas besoin que la situation soit comique : la longue habitude de la tendresse transformait tout en jeu, en un jeu qui ne se joue qu'à deux. Nous avions si bien l'habitude l'un de l'autre que tout devenait pour nous comme un langage secret et convenu. "
 
in Le Sourire innombrable, Jacqueline de Romilly
 
15 juin

Marcher, courir, s'aérer

 
 

Converses délaissées

 

 

Ecouteurs parés

 

 

A vos marques, prête, partez ?

Oui. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En fait, elle y commence.

 

Trotte jeunesse dans les rues d’une paisible ville de la banlieue parisienne : aération du cerveau, dérouillage des muscles… que du bonus ! La joggeuse court, musiques dynamiques de l’i-pod accompagnant de leur rythme cadencé les semelles posées furtivement. Hop hop ! Plus vite ! La foulée s’élargit, à mesure que le souffle se fait un peu plus court…

 

La joggeuse a pourtant un talon d’Achille nommé « estomac-un-peu-dérangé-depuis-le-midi » qui commence à faire des siennes, un peu, puis beaucoup, puis énormément… Et la joggeuse y est tellement sensible qu’elle ne voit plus très clair, qu’un voile noir s’est presque installé devant ses yeux alors même qu’elle ne se trouve plus dans son quartier…Ouille ! Oh, sauvée, un bar !

 

Elle rentre, se tenant au mur pour ne pas tomber et, chancelante, demande l’autorisation d’utiliser les water-closets. La tenancière lui lance un regard noir : « Non. Ils viennent d’être nettoyés. » « Madame, s’il vous plaît… je ne me sens pas bien du tout. Je veux bien re-nettoyer après… Si vous voulez » s’explique la joggeuse comme elle peut. La réponse tombe, implacable : « Non. Il y a dehors. » Sortant, la joggeuse bafouilla un « merci » avec un vague sourire, entendant derrière son dos un ricanement suivi d’un « elle va gerber ». N’en pouvant plus, elle s’écroule sur le pas d’un pavillon 80 mètres plus loin et y reste presque 30 minutes avant de retrouver tous ses esprits et de rentrer doucement jusqu’à son domicile.

 

Colère ? Non, ce n’est pas le mot. Dégoût, révolte ? Oui, un peu, je n’ai pu m’en empêcher sur le coup mais ce n’est pas l’essentiel. Ce qui m’interpelle plus profondément, c’est de voir combien notre société est stratifiée, ghettoïsée, égocentrée. Finalement, de voir combien l’humain n’est pas premier, de voir combien cette course à l’humanité n’est pas gagnée, même si cela donne l'impression d'être trop clamé.

 

Mais, peut-être que, là aussi, l’important c’est de participer ?

 

 

14 juin

Sujet

 
Ce matin 8h30, Sorbonne, amphi Milne-Edwards :
 
              Comment comprenez-vous ces quelques phrases de Claudel, à propos du Soulier de satin ? "Dans un drame, c'est l'action elle-même qui crée le monde autour d'elle. Elle ne se déploie pas dans un monde voulu. Elle n'a pas [...] à se servir de tel ou tel événement historique pour y déplacer une action plus ou moins historique. C'est le drame lui-même qui, par sa logique intrinsèque, crée, pour ainsi dire, le monde autour de lui, que ce monde emprunte des éléments à la réalité ou qu'il soit purement imaginaire." (Mémoires improvisés, entretiens avec Jean Amrouche [1951], Gallimard, 2001, p. 325)
 
 
P.S 1 : Maggy, j'ai fait une référence à ce bon vieux Tête d'Or ! Pas réussi à en faire à Harry Potter et à ce cher Baldinouchet en revanche...
P.S 2 : Ca sert à rien puisqu'il n'était pas apparent mais, mon plan :
 
I Le petit grand monde du Soulier de satin.
II L'action comme principium.
III Du theatrum mundi au mundum theatri.
 
Ca vous fait une belle jambe ? Bah, je me suis tellement amusée à le faire qu'il fallait bien que je l'écrive quelque part.
 
P.S 3 : Encore un...
 
12 juin

Lyrisme et enthousiasme

 
    Sur ce blog s'est récemment tenue une discussion sur l'enthousiasme dans la vie d'une étudiante sorbonnarde. Je ne dispose malheureusement pas actuellement du temps nécessaire pour écrire un billet sur cette question essentielle mais cela m'a fait repenser à un p'tit bout de dissert' écrit ce semestre, approfondissant une réflexion de madame de Staël sur les liens entre création poétique et enthousiasme à l'aide de textes poétiques du XXe. Du coup, je le livre "tel quel" à ceux que la question intéresse :
 

             Il ne s'agit nullement d'un simple phénomène de surface mais bien de quelque chose de plus profond, impliquant la part la  plus intime du poète et, de là, tout l'être.

 

            C'est bien autour de cette part intime que se situe le deuxième volet des réflexions de la critique. Madame de Staël parle en effet de recherche « en soi-même » puis d’ « enthousiasme », mot à considérer ici dans son acception étymologique grecque formée sur εν Θεος, c’est-à-dire en Dieu,  et sur un verbe impliquant l’idée d’un mouvement passif : l’inspiration est alors considérée comme transport divin, trouvant sa source au cœur même du Poète. Le champ lexical du sacré et du religieux, voire du mystique, omniprésent dans ce texte se trouve ainsi expliqué, avec des expressions comme « odes religieuses », « foi vive », « abandon », « dieu », « harmonie céleste », « divinisé » ou encore « âme ». Mystique car le poète écoute un dieu qu’il trouve en lui-même, nourri qu’il est d’une « foi vive », à la façon d’un saint Augustin parlant de ce qu’il possède « de plus intime à lui-même que lui-même ». Madame de Staël se trouve ici à la croisée de l’histoire littéraire. Héritière de celle-ci, elle se situe dans la lignée de l’Antiquité où le lyrisme avait trait aux odes religieuses avant toute chose : elle utilise même les termes d’ « ode » et de « psaume », assurant par là son adéquation avec l’héritage des Anciens. Novatrice car elle se pose en initiatrice d’une conception du poète chère aux Romantiques : celle du Poète inspiré. Notion essentielle se retrouvant chez les auteurs du XXème siècle, comme par exemple chez Jaccottet dans « Le mot joie » du recueil A la lumière d’hiver : le titre déjà semble être un lointain écho à l’enthousiasme… Et l’on songe à une joie pleine, quasi-religieuse, d’autant plus à la lecture de ces mots : « il me venait d’une langue étrangère, ou morte. » renvoyant à une langue divinisée qui serait transcrite dans le poème. Cette idée de langue divine se retrouve également chez Eugène Guillevic où l’on remarque ces vers :

 

Je veux dire : ces moments

Quand tu ne sais pas qui parle,

Ni de quoi, ni dans quelle espèce de langue. 

 

Langue qu’il convient de « déchiffrer » et ce, tout au long de sa vie assure-t-il plus loin. Le poète endosse alors un statut de prophète, percevant et accueillant cette langue divine. Cette certaine passivité se retrouve par l’usage de verbes de perceptions –principalement « écouter » et « entendre »- que cela soit chez Apollinaire, Reverdy, Jaccottet ou encore Guillevic, souvent dans des tournures impersonnelles.

 

      Approche "tout enthousiasme" du "Poète inspiré" que je me permets toutefois de nuancer un peu plus loin, sans en nier l'importance :

 

           Le poète est en réalité dans une quête permanente où activité et passivité de sa part doivent se rejoindre pour donner au lyrisme toute sa force dans la naissance d’un nouveau poème.

 

11 juin

Séquence émotion

 
      Ce jour, 11 juin, (anniversaire de ma petite soeur chérie au passage : 12 ans !!! Coeur rouge), j'ai retrouvé sur youtube LA chanson qui faisait se pâmer d'émoi les collégiens et les lycéens germanistes LV1 de mon ancien bahut. Admirez le rythme, la mélodie, la profondeur des paroles, que sais-je d'autre encore !
 
Et admettez qu'à l'écoute de cette chanson, nous nous sentions heureux et fiers d'être germanistes.
 
    
 
"Ich bin so schön, ich bin so toll, ich bin der Anton aus Tirol ! Note"
 
Quid ? Qu'entends-je ? Billet nul ?
Non.
 
Car, sans le blog de Zabou, vous n'auriez jamais écouté cette chanson cultissime (alors qu'elle le mérite grandement ! Tire la langue)
Alors gaudete !
 
9 juin

La culture libère-t-elle ?

 

            Après avoir croisé la tristement célèbre Maggy qui voulut lancer à la maximae gentille Zabou une bouteille d’eau en pleine figure dans un couloir -sans raison, bien évidemment-, après avoir découvert une nouvelle salle de la grande bibliothèque de la Sorbonne, celle où nichait le fameux Klapp, après avoir travaillé à l’aide de ce dernier durant presque 3h dans une ambiance confinée…

 

 

Je souhaitais quitter la bibliothèque et m’envoler vers d’autres cieux.

 

            Pour cela, dans ce haut lieu d’érudition, il convient d’avoir en poche un pur produit du mercantilisme : une carte, dotée d’un code barre que l’on passe tel au supermarché sur un lecteur à l’entrée comme à la sortie. Jauge du lecteur ? De ses heures de travail, voire de la qualité de celui-ci ? J’ai parfois la désagréable sensation d’être une marchandise passant elle-même à la caisse.

 

 

            Donc, je souhaitais partir. Dégainant mon précieux sésame, je l’appliquai lentement sur le lecteur… Rien. Coriace, je retentai ma chance une fois, puis deux, puis encore une troisième : toujours rien. L’hôtesse de caisse ( ???) me dit : « Non, c’est écrit invalide sur mon poste, donnez-moi votre carte. » Je commençai à sourire intérieurement : la Sorbonne vainc toujours, la simplicité est impossible et il faut toujours trois parties.

 

            Elle retenta à son tour avec sa machine : toujours rien. Le fou rire commençait à me gagner mais je parvins à rester extérieurement calme, puisque cette employée semblait nouvelle et que je ne souhaitais pas la blesser. Son collègue et voisin me regardait pour sa part en riant. Sur l’écran de l’ordinateur s’écrivait régulièrement, ou « code barre invalide » ou « entrée non validée ». En effet, j’étais passée à travers les murs.

 

            Mais le meilleur restait à venir, quand cette demoiselle, s’escrimant à valider ma carte sans succès aucun, finit par me dire d’un air sérieux : « Désolée mais vous n’avez pas le droit de sortir ».

 

 

La philo vue par les philosophes

 
Hier n'était pas le bon jour pour la promenade dominicale alors c'est aujourd'hui lundi que je vous la propose sur le blog suivant :
 
 
(ok, ce n'est pas toujours du meilleur goût mais qu'importe ! Tire la langue)
 
 
8 juin

Par cette onction...

 

Oleum Infirmorum

 

Ce matin, j’ai vu des gens arriver en costards, l’air un peu engoncé, l’air un peu stressé.

 

Ce matin, j’ai vu ces mêmes personnes oser une démarcher pleine de confiance et s’avancer, humblement, avec un souvent lourd fardeau.

 

Ce matin, j’ai vu des larmes. Cachées ou abondantes.

 

Ce matin, j’ai vu des sourires. Timides. Puis éclatants.

 

Ce matin, j’ai vu deux prêtres se donner l’un l’autre un sacrement de guérison au milieu de leurs frères.

 

Ce matin, j’ai vu des visages s’illuminer : et c’était simple, et c’était Beau.